En juin 2020, une affaire survenue dans la ville de Loveland, dans le Colorado, aux États-Unis, a provoqué une vague d'indignation à travers le pays. Une femme de 73 ans atteinte de démence a été violemment arrêtée par la police pour une histoire de marchandises d'une valeur de seulement 13,88 dollars. Mais ce qui a rendu cette affaire encore plus choquante, c'est le comportement de certains policiers après son arrestation.
Au lieu de s'inquiéter de l'état de santé de cette femme âgée, plusieurs agents ont été filmés en train de rire et de plaisanter en regardant les images de son arrestation. Une scène particulièrement difficile à accepter, surtout lorsque l'on découvre les blessures qu'elle avait subies.
Cette femme s'appelait Karen Garner.
Une femme âgée atteinte de démence quitte un magasin sans payer
Le 26 juin 2020, Karen Garner, alors âgée de 73 ans, se rend dans un magasin Walmart à Loveland, dans le Colorado.
Atteinte de démence et souffrant également de troubles affectant sa capacité à comprendre et à communiquer, elle quitte le magasin avec plusieurs articles sans avoir payé. Il s'agissait notamment de produits de nettoyage, d'un t-shirt, de bonbons et de boissons gazeuses.
La valeur totale des marchandises était de 13,88 dollars.
Le personnel du magasin intervient et récupère les articles. Karen Garner commence ensuite à rentrer chez elle, sans que les marchandises soient conservées en sa possession.
Pourtant, la police est appelée.
Un officier nommé Austin Hopp est envoyé sur place pour intervenir. Il retrouve Karen alors qu'elle marche le long de la route, en tenant notamment quelques fleurs sauvages qu'elle vient de cueillir.
La situation aurait pu être gérée avec calme et compréhension. Après tout, il s'agissait d'une femme âgée présentant des troubles cognitifs, et les marchandises avaient déjà été récupérées.
Mais l'intervention va rapidement prendre une tournure extrêmement violente.
Une arrestation d'une brutalité choquante
Lorsque l'officier Austin Hopp s'approche de Karen Garner, celle-ci semble désorientée et ne comprend pas réellement ce qui lui est demandé.
Elle continue de marcher et tente de rentrer chez elle.
Les images de la caméra corporelle du policier montrent qu'il finit par saisir brutalement son bras avant de la projeter au sol. La femme, beaucoup plus âgée et physiquement fragile que lui, se retrouve rapidement maîtrisée.
L'officier lui tord ensuite le bras dans le dos pour lui passer les menottes.
Une autre policière, Daria Jalali, arrive sur les lieux et participe à l'intervention.
Les images montrent Karen Garner en train de répéter qu'elle veut simplement rentrer chez elle. Elle semble effrayée, confuse et incapable de comprendre pourquoi les policiers la traitent de cette manière.
À un moment donné, elle tente de leur faire comprendre qu'elle souhaite retourner à son domicile.
Mais les agents poursuivent l'intervention.
Les conséquences physiques seront particulièrement graves : Karen Garner souffre d'un bras fracturé, d'une épaule luxée et d'une entorse au poignet.
Pour une femme de 73 ans atteinte de démence, cette arrestation représente un traumatisme considérable.
Des policiers qui plaisantent après avoir blessé une personne âgée
Mais le comportement des policiers ne s'arrête malheureusement pas à la violence de l'arrestation.
Après avoir ramené Karen Garner au commissariat, les agents vont se retrouver dans une salle où les images de leurs caméras corporelles peuvent être visionnées.
Les caméras de surveillance du commissariat enregistrent alors une scène qui va provoquer une indignation encore plus importante lorsque les vidéos seront rendues publiques.
Austin Hopp et plusieurs collègues regardent les images de l'arrestation. Au lieu de manifester une quelconque inquiétude concernant l'état de santé de la femme qu'ils viennent d'arrêter, ils plaisantent, rient et échangent des gestes de satisfaction.
À un moment, Hopp attire l'attention de ses collègues sur le bruit produit lorsque l'épaule de Karen semble se déboîter pendant l'intervention.
Il leur demande notamment s'ils ont entendu le fameux « pop », en référence au bruit audible sur les images.
Les agents sont également filmés en train de se donner des coups de poing amicaux et de plaisanter devant l'écran.
Ces images vont devenir l'un des éléments les plus révoltants de toute l'affaire.
Il ne s'agissait plus seulement d'une arrestation contestée, mais également d'un comportement qui soulevait de graves questions sur le respect de la dignité humaine au sein du commissariat.
Plusieurs heures sans soins médicaux appropriés
L'autre aspect particulièrement inquiétant de cette affaire concerne la prise en charge médicale de Karen Garner.
Après son arrestation, elle est placée dans une cellule de détention au commissariat.
Malgré ses blessures et ses plaintes, elle reste pendant plusieurs heures sans recevoir les soins médicaux appropriés.
Les images de surveillance montrent que les policiers discutent de son état et de ses blessures, tandis qu'elle se trouve toujours dans les locaux de détention.
La situation devient d'autant plus préoccupante que les agents semblent avoir conscience qu'elle a pu être gravement blessée pendant l'intervention.
Pour la famille de Karen Garner, cette affaire représente une terrible trahison de la confiance que les citoyens doivent pouvoir accorder aux personnes chargées de les protéger.
La vérité éclate grâce aux vidéos
Pendant plusieurs mois, l'affaire reste relativement peu connue du grand public.
Mais en 2021, les images de l'arrestation et celles enregistrées à l'intérieur du commissariat sont rendues publiques dans le cadre d'une procédure judiciaire engagée par la famille de Karen Garner.
La diffusion des vidéos provoque une vague d'indignation aux États-Unis.
De nombreuses personnes sont choquées par la violence employée contre cette femme âgée, mais aussi par les rires et les plaisanteries des policiers après l'intervention.
L'affaire attire l'attention des médias nationaux et soulève de nombreuses questions sur les pratiques policières, la formation des agents et la manière dont les personnes atteintes de troubles cognitifs sont traitées lors des interventions.
Les autorités de Loveland sont également critiquées pour la manière dont elles ont initialement évalué l'intervention.
Une enquête indépendante publiée en novembre 2022 conclura que les agents impliqués avaient enfreint plusieurs règles internes du service de police, notamment concernant l'utilisation de la force et la chaîne de commandement.
Une condamnation et trois millions de dollars d'indemnisation
Face à l'ampleur du scandale, les conséquences judiciaires commencent à se préciser.
Austin Hopp, l'officier responsable de l'arrestation, quitte la police et fait l'objet de poursuites pénales.
En mars 2022, il plaide coupable d'agression au deuxième degré dans le cadre d'un accord avec les procureurs.
Le 5 mai 2022, il est condamné à cinq ans de prison, suivis de trois années de liberté surveillée.
La famille de Karen Garner s'était opposée à cet accord judiciaire, estimant que les preuves vidéo justifiaient un procès plus complet.
Daria Jalali, l'autre policière impliquée dans l'intervention, plaide également coupable en juin 2022 d'un délit lié à son défaut d'intervention face à l'usage excessif de la force.
Mais les conséquences financières pour la ville de Loveland sont également importantes.
En septembre 2021, la municipalité accepte de verser trois millions de dollars à Karen Garner pour régler le procès civil engagé par sa famille.
Cet accord ne constitue pas une reconnaissance officielle de responsabilité de la municipalité, mais il représente une indemnisation considérable pour les dommages subis.
La famille explique notamment que cet argent permettra de financer les soins et l'accompagnement dont Karen a besoin.
Une affaire qui soulève une question essentielle
L'histoire de Karen Garner est particulièrement difficile à oublier.
Une femme de 73 ans, atteinte de démence, quitte un magasin sans avoir payé 13,88 dollars de marchandises. Les articles sont récupérés, mais elle est malgré tout violemment arrêtée, blessée et privée de soins médicaux appropriés pendant plusieurs heures.
Et comme si cela ne suffisait pas, certains des policiers impliqués sont ensuite filmés en train de plaisanter devant les images de son arrestation.
Cette affaire rappelle que les personnes âgées et celles souffrant de troubles cognitifs ont besoin d'une attention particulière, notamment lorsqu'elles sont confrontées aux forces de l'ordre.
Un uniforme représente une responsabilité. Il donne à celui qui le porte le pouvoir d'intervenir, mais aussi le devoir de respecter la dignité et les droits de chaque personne.
Karen Garner n'était pas une criminelle dangereuse. C'était une femme âgée qui avait besoin de compréhension et d'assistance.
Et vous, que pensez-vous de cette affaire ? Une arrestation aussi violente pour une somme de 13,88 dollars peut-elle être justifiée ? Et comment peut-on expliquer que des policiers puissent rire et plaisanter après avoir blessé une personne âgée et vulnérable ?
